Gestion du résultat fonctionnel digestif et urinaire après proctectomie.

Najim Chafai, Cécile Bouchet-Doumenq

Introduction

La prise en charge chirurgicale des cancers du rectum est basée sur l’exérèse totale du méso rectum avec préservation nerveuse. Cependant, les dysfonctions urinaires post proctectomie sont l’une des complications majeures. Elles peuvent être transitoires ou permanentes, son taux dépend du type d’intervention et des équipes. Certains facteurs de risque ont été suggérés tel que le sexe masculin, l’âge, la situation de la tumeur, le cancer du rectum, la durée d’intervention.

Ces dysfonctions justifient donc un drainage urinaire post opératoire. Mais il n’existe pour autant aucune recommandation sur la durée et le type de sondage.

L’objectif de ce travail a été d’évaluer les pratiques cliniques dans notre centre sur le drainage urinaire post proctectomie pour cancer chez l’homme et de déterminer les critères associés à une dysfonction urinaire post opératoire.

Matériel et méthode

Nous avons inclus rétrospectivement 200 patients de sexe masculin avec une résection rectale pour cancer à l’hôpital Saint Antoine en remontant à partir du 1/12/2012. 50 patients successifs ont été inclus pour 4 types d’intervention: 50 amputations abdomino-pelviennes (AAP), 50 résections avec anastomoses colo-anales mécaniques (ASCA), 50 résections avec anastomoses colo-anales manuelles (ACA) et 50 résections avec anastomoses colo-rectales.

Un test de clampage du KTSP était réalisé à J5 avant retrait de KTSP à J6 si le résidu post mictionnel était < 50cc. Les sondes urinaires (SU) étaient retirées à J5. Une dysfonction urinaire correspondait à la persistance d’un drainage après J6 ou à une rétention aigüe d’urine (RAU).

Une base de données rétrospective relevait les ATCD, les données per opératoire, les complications, la prise en charge urologique.

Résultats :

Dans notre population, 71% des patients ont eu un drainage par KTSP dont 84% des AAP, 82% des ASCA, 90% des ACA et 28% des ACR. Dix patients ayant eu une chirurgie urologique associée à leur proctectomie ont été exclus de l’analyse.

L’ablation du KTSP a été possible dans 51% des cas à J6. Plus l’anastomose était basse, plus le taux de dysurie augmentait.

Les complications du KTSP étaient de 15% mais n’étaient pas significativement associées à une dysurie.

Aucune rétention aigüe d’urine (RAU) n’a été observée dans le groupe KTSP contre 4% dans le groupe SU. Le taux d’infection urinaire était identique dans les deux groupes. Table 1.

 

Les facteurs de risque de dysurie étaient l’exérèse totale du méso rectum (p< 0.001), une radiothérapie néo adjuvant     (p< 0.001), l’ATCD de diabète (p=0.03), l’’ATCD urologique (p=0.57) et l’infection urinaire (p=0.03). Table 2.

 

Total AAP ACSA ACA ACR
KTSP 136 39 41 42 14
ablation <J6 51% 17 18 26 8
ablation>J6 49% 22 23 16 6
Sortie avec KTSP 6.5% 3 3 2 1
Complications liés au dispositif (15%)
Chute 4.3% 2 1 3 0
Hémorragie 3% 1 1 2 0
Bouché 3% 1 2 0 1
Fuite 4.3% 3 2 1 0
Complications (6%)
Infection 6% 2 2 4 0
RAU 0% 0 0 0 0
Sonde Urinaire 54 8 7 5 34
Ablation>J6 7.5% 2 1 0 1
Repose de SU 4% 0 1 0 1
Complications (9%)
Infection 6% 0 3 0 0
RAU 4% 0 1 0 1

 

Table 1. Prise en charge et complications du drainage urinaire.

 

Absence de dysurie Dysfonction urinaire (> J6) P value
Nombre de patients 118 (62%) 72 (38%)
KTSP 68 68
Age médian 62 (16-92) 64 (27-91)
Diabète 18 (47%) 20 (53%) 0.04
ATCD urologique 10 (8.5%) 14 (19.5%) 0.05
Radiothérapie néo adjuvant 64 (54%) 52 (72%) < 0.001
Exérèse non totale du méso rectum 41 (35%) 7 (10%) < 0.001
Infection urologique 2 (1.7%) 7 (9.7%) 0.03
Complications liées au KTSP 12 (10%) 6 (8%) 0.71

 

Table 2. Facteurs de risque associés à une dysfonction urinaire post opératoire

 

Conclusion :

Un sondage par KTSP est indiqué en cas de facteur de risque de dysurie post opératoire. Il est peu morbide et le test de clampage à J5 a une VPN de 100%. 92% des drainages urinaires laissés à la sortie sont retirés dans les 47 jours post proctectomie.