Complications des anastomoses iléo-rectales

Dans certains cas de pathologies coliques étendues (polyposes atténuées, Polypose Adénomateuse Familiale, Maladie inflammatoire de l’intestin (Maladie de CrohnRectocolite Hémorragique, Colite Indéterminée) ou encore tumorales (cancers coliques multiples, en occlusion, syndrome HNPCC…), la réalisation une colectomie totale avec anastomose iléo-rectale peut se discuter. Dans la littérature, cette intervention est souvent associée à des taux de morbidité et de mortalité élevés – respectivement de 10 à 32% et de 0 à 7% -, variant selon la pathologie sous jacente.

En reprenant l’ensemble des patients opérés d’une AIR entre 1994 et 2008 à l’Hôpital St Antoine, nous avons colligé les complications médico-chirurgicales survenant dans les 3 mois post-opératoires, et avons tenté d’en identifier les facteurs prédictifs.
Deux cent quatre-vingt neuf AIR furent réalisées durant cette période, dont 29% (n=84) pour polyposes, 32% (n=93) pour MICI et 29% (n=84) pour néoplasies coliques sporadiques ou familiales. La mortalité et la morbidité post opératoires s’élevaient respectivement à 1% (n=3) et 20% (n=58), incluant 6% (n=17) de complications médicales, 14% (n=41) de complications chirurgicales, dont 7% (n=20) de désunions anastomotiques toutes pathologies confondues.
En analyse univariée, l’âge (66±15 vs. 52±17 p=0.0403), le cancer colique (11% vs. 4% p=0.0091) et la réalisation d’une chirurgie en urgence (22% vs. 5%, p=0.0008) étaient identifiés comme facteurs de risque de complications médicales, tandis que les facteurs ressortant pour les complications chirurgicales étaient l’âge (58±6 vs. 52±17 p=0.0403) et le cancer colique (20% vs. 12% p=0.0451).
Cependant, en analyse multivariée les seuls facteurs prédictifs identifiés comme majorant significativement la morbidité post opératoire étaient l’âge avancé des patients pour les complications chirurgicales, auquel s ajoutaient la réalisation d’une intervention en urgence et le score ASA > 1 pour les complications médicales.
Finalement, avec des taux de mortalité et de morbidité peu élevés – de l’ordre de 1 et de 20% – comprenant 7% de complications graves (Dindo > II), dominées par des désunions anastomotiques ; l’AIR , pratiquée dans cette étude au sein d’une large cohorte de 289 patients pour différentes pathologies digestives, ne semble pas mériter la sombre réputation qui lui est généralement prêtée dans la littérature.
Les facteurs de risque de complications identifiés comme l’âge avancé des patients, le score ASA>1, ou la réalisation en urgence de l’intervention sont des caractéristiques non modifiables mais peuvent cependant laisser envisager la confection d’une iléostomie de protection chez certains malades fragiles.